Un pluriel très singulier

Au terme d’une séquence politique qui a vu le clan présidentiel multiplier les erreurs de communication, il faut quand même lui reconnaître un succès. C’est celui d’avoir réussi à imposer le terme  « les oppositions » au pluriel, qui seraient donc hétéroclites par nature, tout en conservant pour lui-même le titre ronflant de « majorité » présidentielle, alors que celle-ci vient de voler en éclats à l’occasion de la réforme des retraites. Le refus d’obstacle du président, qui n’a pas voulu prendre le risque de la démocratie, illustre parfaitement le constat qu’il n’y a pas de majorité à l’Assemblée nationale, pas plus que dans l’opinion.

Vers un coup de poker ?

Nous y voici. Après deux mois de non-débat sur une loi bâclée, les ultimes tractations entre le parti du président, ses soutiens et ses alliés de circonstance, nous allons savoir si le pouvoir réussit à faire adopter sa réforme des retraites en raclant les fonds de tiroir. Comme tout le monde le sait désormais, le vote du Sénat est acquis, mais celui de l’Assemblée nationale reste très indécis et pourrait se jouer à quelques voix de députés près. Si nous étions au Royaume-Uni, les bookmakers s’en donneraient à cœur joie, et la cote serait serrée.

Levée de boucliers

Si les particuliers utilisent de moins en moins les chèques, le gouvernement, quant à lui, a tendance à sortir le carnet de chèques à tout propos pour tenter de corriger partiellement les injustices et les inégalités qu’il a lui-même contribué à créer. Il planche toujours sur le chèque carburant pour remplacer la remise exceptionnelle à la pompe afin d’aider les automobilistes qui en ont le plus besoin à faire leur plein. Il y a aussi le chèque énergie pour subventionner le chauffage, au gaz ou à l’électricité, sans compter les boucliers de toutes sortes, destinés à protéger les plus nécessiteux d’un renchérissement général du coût de la vie.

Haro sur Hidalgo

L’intersyndicale avait promis de mettre le pays à l’arrêt. Quelques jusqu’au-boutistes avaient même exhorté les salariés à la mettre « à genoux », ce qui avait permis aux extrémistes du gouvernement d’ouvrir un procès en activisme sinon en sorcellerie, sans grand succès cependant. Il s’agissait de faire passer les manifestants pacifiques pour de dangereux terroristes prêts à tout pour nuire aux « honnêtes gens », les seuls à se lever tôt et à soutenir la France qui travaille. Avec le développement du télétravail, et tant que l’essence ne manque pas, les gens ont continué à travailler, presque comme si de rien n’était.