Vers une dictature mondiale ?

On est obligé de se pincer pour y croire, mais tous les signaux envoyés par le président des États-Unis convergent dans ce sens. Celui qui avait annoncé pendant sa campagne électorale qu’il ne serait un dictateur « que » pendant les premières 24 heures de son mandat, est manifestement en train de prendre goût à l’impunité qui lui permet de faire exactement ce qui lui passe par la tête à un moment précis, quitte à l’annuler dans la seconde qui suit ou à le promulguer à nouveau, si son humeur a changé. Ses décisions successives sont tellement contradictoires et changeantes que désormais, il se croit obligé de préciser que ses projets les plus fous sont parfaitement sérieux.

C’est ainsi qu’il envisage réellement de contourner la règle interdisant à un président américain de briguer un troisième mandat, en ne s’interdisant aucune hypothèse, légale ou non, soit en changeant la loi, soit en ne la respectant pas. Il est tellement imbu de lui-même, et persuadé que les électeurs vont le supplier de continuer de les diriger, qu’il se croit investi de la mission divine de continuer à imposer ses caprices urbi et orbi, à la nation américaine et au monde entier. Il est soutenu par la fraction la plus réactionnaire de la société, dont son vice-président, JD Vance, est en passe de devenir le produit le plus caricatural, représentant d’une Amérique héritière d’un Maccartisme à destination des « petits blancs ». À l’international, après avoir fanfaronné sur sa capacité à stopper la guerre en Ukraine en 24 heures, puis en quelques jours, voire quelques mois, le voilà contraint de reconnaître que c’est plus compliqué que prévu, ce qui a fini par orienter, enfin, son dépit de devoir attendre, sur le fauteur de trouble, Vladimir Poutine.

Donald Trump compte utiliser son arme économique favorite, celle des droits de douane, pour faire plier son homologue russe, mais il pourrait bien tomber sur un os avec un autocrate aussi résolu que lui et qui n’a pas hésité à employer la force brute pour tenter de parvenir à ses fins. Il paraît assez difficile de croire que les États-Unis puissent envahir physiquement le Groenland, le Canada et le Panama comme ils ont pu le faire pour l’Irak à deux reprises. À cette époque, il avait fallu une mise en scène sophistiquée pour obtenir le feu vert de l’ONU et accréditer l’idée d’une nouvelle forme de croisade, respectant les formes d’un consensus international. L’administration américaine semble déterminée à se passer de toute forme de légitimité apparente pour satisfaire les volontés impérialistes et hégémoniques d’un homme représentant une oligarchie toute puissante. Si Donald Trump juge qu’il a besoin du Groenland pour se maintenir au pouvoir, il ne reculera apparemment devant rien, « quoi qu’il en coûte ». Ça fait froid dans le dos.