
En quatrième vitesse
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- Catégorie : Diabloguiste
- Publié le mercredi 2 avril 2025 11:27
- Écrit par Claude Séné

Beaucoup de journaux ont dû être tentés, mais à ma connaissance un seul, l’Express, a osé titrer sur une comparaison tellement évidente qu’elle en devenait risquée, surtout dans une période propice aux canulars, avec : « un tremblement de terre politique en France ». Le site de France info s’est contenté de la métaphore tout aussi catastrophiste de : « une digue a sauté », moins connotée avec l’actualité météorologiste et les phénomènes naturels. Partisans et adversaires du Rassemblement national n’ont pas manqué de s’écharper sur un supposé acharnement des juges contre Marine Le Pen, en oubliant au passage qu’elle s’était mise elle-même dans cette situation en n’appliquant pas une loi dont elle était parfaitement consciente.
Comme il est d’usage en pareil cas, le parti d’extrême droite crie au complot et se pose en victime, du fait de la procédure d’exécution provisoire, retenue par les magistrats, conduisant à l’inéligibilité immédiate de sa candidate. Toutefois, dans un souci d’apaisement, le calendrier judiciaire de la Cour d’appel compétente pourrait être aménagé pour permettre d’audiencier l’affaire du Rassemblement national en priorité afin que son jugement soit rendu dans des délais compatibles avec une campagne électorale présidentielle. Il s’agirait évidemment d’un passe-droit, d’une sorte de coupe-file, au détriment des justiciables dont les affaires seraient repoussées d’autant, avec le risque d’un séjour prolongé en détention préventive, ou de devoir libérer des prévenus qui seraient dans l’incapacité d’être jugés « dans des délais raisonnables ». On voit par là que pour réparer une possible injustice très loin d’être prouvée, l’état serait prêt à en commettre une autre, bien plus évidente, au vu et au su de l’opinion, qui ne s’est pas alarmée outre mesure d’un possible empêchement de Marine Le Pen aux présidentielles de 2027.
On se plaint à juste titre de la lenteur de la justice, qui croule sous les dossiers en retard par manque endémique de personnel, et, dans ce cas particulier, on serait prêt à officialiser une justice à géométrie variable, prévoyant des circuits à plusieurs vitesses, dans l’espoir d’innocenter une personne qui s’exonère du respect de la loi commune. Faut-il que le Garde des Sceaux donne ses instructions à la cour d’appel pour s’assurer que le verdict soit plus clément qu’en première instance ? Marine Le Pen et ses coaccusés ne sont nullement à l’abri d’une peine aussi forte, si ce n’est plus sévère encore, dans un second procès. Surtout si elle persiste à vouloir s’arcbouter sur une défense mettant la cour en accusation et refusant de reconnaître la moindre erreur dans l’utilisation des fonds publics. Il est quand même pour le moins paradoxal que la Justice française soit obligée de créer de toutes pièces une injustice, en forme de favoritisme, pour sauver la mise d’une possible candidate à une élection politique, certes importante, mais qu’elle n’est nullement assurée d’emporter.
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