
Coupable, forcément coupable !
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- Catégorie : Diabloguiste
- Publié le vendredi 28 mars 2025 10:50
- Écrit par Claude Séné

En parodiant Marguerite Duras qui écrivait de Christine Villemin, la mère du petit Grégory, accusée un temps d’avoir tué son propre fils, qu’elle était sublime, forcément sublime, on pourrait affirmer que Nicolas Sarkozy est une victime de sa propre notoriété dont l’innocence même serait la raison de l’acharnement médiatique et judiciaire qui entoure le procès du financement présumé illégal de sa campagne présidentielle de 2007. Pour étayer sa défense, il en rajoute dans les qualificatifs pour tenter de convaincre les juges, mais surtout l’opinion, qu’il ne peut pas être coupable de faits aussi graves, et principalement, responsable de ce « pacte de corruption inconcevable, inouï, indécent ».
Pour tenter de s’innocenter, Nicolas Sarkozy se fait l’avocat de sa propre cause, en invoquant les droits de la défense auxquels tout accusé peut faire appel : la présomption d’innocence, la charge de la preuve incombant à l’accusation, et le doute raisonnable qui doit profiter à l’accusé. Selon lui, la gravité des réquisitions serait destinée à masquer le vide du dossier et l’absence de preuves irréfutables de son implication. En effet, les magistrats du Parquet national financier ont demandé une peine de 7 ans d’emprisonnement et 300 000 euros d’amende, assortis de 5 ans d’inéligibilité. Cela peut paraître sévère, mais il ne faut pas oublier que la cour reste maîtresse des sanctions appliquées, et notamment sur les aménagements éventuels des peines. Personnellement, je serais enclin à souhaiter la généralisation de l’inéligibilité dans des procès de cette nature, où elle pourrait devenir automatique en cas de condamnation. Si, actuellement, les risques d’un retour aux affaires de l’ancien président sont minces pour ne pas dire inexistants, il ne faut jamais exclure un revirement de l’opinion, comme en témoignent les files d’attente dans les librairies à chaque dédicace de ses livres de souvenirs.
Et puis c’est une question de principe, même si l’accusé ne me semble pas en avoir eu beaucoup. Le seul fait de s’acoquiner avec un dictateur patenté comme Khadafi, de lui dérouler le tapis rouge en le recevant en grande pompe à l’Élysée, tout en sachant très bien les crimes qui lui étaient déjà reprochés à l’époque, même s’il n’avait enfreint aucune loi, suffirait à le discréditer à mes yeux, et j’espère à ceux des Français. Nicolas Sarkozy compte sur la brièveté de notre mémoire, à peine plus durable que celle, légendaire, d’un poisson rouge, pour l’absoudre de ses turpitudes passées. C’est faire peu de cas des affaires successives qui l’ont rattrapé depuis son départ forcé du pouvoir, et notamment la condamnation définitive à 3 ans de prison, dont un ferme, dans le procès dit des écoutes téléphoniques. Qu’il le veuille ou non, son image n’en est pas sortie indemne. Un tabou a été brisé, et il n’est plus intouchable, malgré les multiples protections qui organisent l’immunité du président et son irresponsabilité pénale.