Dictateurs de tous les pays…

Unissez-vous ! Quand on voit l’étendue des abus de pouvoir dont sont capables certains dirigeants à l’échelle de leur propre pays, on imagine aisément ce qu’une internationale de la dictature serait en mesure d’imposer aux populations soumises à son autorité. Un des points communs de ces régimes autoritaires, c’est leur capacité presque infinie à se maintenir au sommet de l’état, en dépit ou grâce aux circonstances troublées qui les entourent. Au besoin, les autocrates forgent de toutes pièces des menaces pour justifier une répression souvent féroce. Prenons pour commencer l’exemple de la Turquie. Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, qui dirige son pays d’une main de fer, aurait pu se considérer comme tranquille.

Son mandat présidentiel court jusqu’en 2028, et seules les grandes villes telles qu’Istanbul échappent à son pouvoir absolu, après la réélection l’an dernier de son principal opposant, devenu de ce fait un rival potentiel. Pour l’éliminer et le mettre hors-jeu, le pouvoir n’a pas hésité à l’accuser de corruption et d’apologie du terrorisme et à l’incarcérer sur le champ malgré les manifestations massives d’un soutien populaire. Selon Erdogan lui-même, qui est passé lui aussi par la case Mairie d’Istanbul et prison avant d’accéder au pouvoir, celui qui tient Istanbul tient le pays, et il ne supporte pas la concurrence d’Ikrem Imamoglu dont la popularité ne cesse d’augmenter, et qui devait être officiellement intronisé candidat à l’élection présidentielle à la suite d’une « primaire » où il était seul à se présenter. Les charges de corruption retenues contre lui seraient liées à des appels d’offres remportées par son entreprise dans des conditions irrégulières, une accusation peu vraisemblable. Quant à celle de terrorisme, ce serait encore plus fantaisiste : il aurait des liens avec un parti pro-kurde, lui-même proche du PKK, ouvertement favorable à l’indépendance du Kurdistan. Cette accusation n’a d’ailleurs pas été retenue par la justice.

Cet acharnement d’Erdogan laisse penser qu’il n’a pas renoncé à contourner les règles qui l’empêchent de briguer un nouveau mandat. Cette course permanente pour se maintenir au pouvoir est une constante quasiment universelle des autocrates dont le rêve est de règner à vie. C’est le cas de Benyamin Netanyahou, prêt à toutes les alliances pour continuer la guerre, condition nécessaire et suffisante pour diriger l’État d’Israël. C’est également le parcours de Vladimir Poutine au pouvoir depuis bientôt 25 ans et pour une durée indéterminée. C’est peut-être aussi le projet de Monsieur Xi, discret, mais efficace dans l’empire du Milieu. Et nous ne sommes pas à l’abri d’un caprice du président Trump, que je crois capable de tout, y compris de fomenter un coup d’État pour s’arroger le droit de continuer à bafouer le droit international. L’assaut contre le Capitole en janvier 2021 n’aurait ainsi été qu’une répétition générale avant de sauter le pas.