Un racket mondial

Donald Trump l’avait annoncé dès la campagne électorale pour son retour au pouvoir. Il a mis hier soir ses menaces à exécution en déclarant une guerre économique au monde entier, une guerre qui passe par une augmentation massive des droits de douane sur les importations, sous forme d’un pourcentage arbitraire basé sur les intérêts exclusifs des États-Unis. Le système ressemble furieusement à celui que la Mafia a pu en son temps imposer aux commerçants, qui devaient payer pour une « protection » fictive, sous peine de voir leurs magasins ravagés et ruinés et de risquer d’y perdre la vie.

Le but premier du nouveau « parrain », c’est tout d’abord de récupérer des espèces sonnantes et trébuchantes qui permettront de financer les investissements américains sans bourse délier, et d’acheter les produits étrangers au prix fort quand c’est incontournable. Pour Trump, le deal consiste à faire payer le consommateur, américain ou étranger, en échange d’une baisse des impôts, considérés comme le mal absolu. La contrepartie pourrait bien se situer au niveau d’une inflation qui deviendrait hors de contrôle, au premier chef pour les États-Unis, avec le risque d’une crise économique majeure, qui toucherait l’ensemble des bourses mondiales. Pour éviter ce scénario catastrophe, les économistes qui ont imaginé le dispositif demandé par le président comptent probablement sur la soumission et l’allégeance des pays soumis à ce racket qui s’installeraient, « de leur plein gré » sur le sol américain pour échapper à la taxation et participer à l’expansion de la richesse de celle qui reste la première puissance mondiale.

S’il y a un point sur lequel la plupart des experts en économie s’accordent, c’est bien la certitude qu’une guerre économique ne fait que des victimes. Le réflexe des pays agressés par ces droits de douane prohibitifs serait évidemment d’appliquer mécaniquement les mêmes mesures dans l’autre sens. L’administration américaine a d’ores et déjà prévenu, en maniant la carotte et le bâton, qu’elle imposerait plus lourdement les récalcitrants et récompenserait les plus conciliants. Raison de plus pour les Européens de présenter un front uni et d’imaginer les sanctions les plus efficaces pour dissuader d’une escalade qui ne profiterait à personne. La chance représentée par Donald Trump dans son délire paranoïaque, c’est qu’il contribue, sans le vouloir, à créer une nouvelle alliance autour du noyau dur de la construction européenne, en y agrégeant le Royaume-Uni ou le Canada. Jusqu’aux Australiens qui semblent s’interroger sur leurs contrats militaires avec les États-Unis. L’Union européenne à elle seule représente un marché de 450 millions de consommateurs, dont aucune nation, si forte soit-elle, ne saurait faire abstraction. Un autre motif d’espoir, c’est la prise de conscience progressive de l’aventure proposée par un président aussi fantasque qu’imprévisible. Les élections de mi-mandat en seront un précieux indicateur.