
Un jugement exemplaire
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- Catégorie : Diabloguiste
- Publié le samedi 29 mars 2025 10:44
- Écrit par Claude Séné

Le verdict est tombé dans le procès de Mounir Boutaa qui comparaissait devant la cour d’assises de Gironde pour le meurtre de son ex-femme, Chahinez Daoud dans des circonstances particulièrement horribles, puisque le meurtrier l’avait d’abord blessée à deux reprises aux jambes avant de l’asperger d’essence et de la brûler vive. La cour a suivi les réquisitions de l’avocat général en condamnant Mounir Boutaa à la peine maximale de réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 22 ans. Outre que les peines les plus sévères échouent à dissuader les agresseurs potentiels de passer à l’acte, et que les proches des victimes ne peuvent y trouver la moindre consolation, il me semble qu’il a manqué quelqu’un à ce procès.
Et cette personne « morale » n’est autre que l’état, qui n’est intervenu dans le processus judiciaire que pour établir les fautes de l’accusé, sans être lui-même mis en cause dans les manquements et les ratés d’un processus mortifère. De même que la France a pu se retrouver sur le banc des accusés pour ne pas avoir tenu ses engagements dans ce que l’on a appelé « l’affaire du siècle » et a été condamnée à plusieurs reprises pour « inaction climatique », l’état français a manqué à ses devoirs en ne protégeant pas mieux Chahinez Daoud de son ex-mari violent, comme la centaine de femmes qui tombent tous les ans sous les coups de leur conjoint. En effet, Chahinez Daoud avait déposé plainte à trois reprises contre son agresseur, qui a d’ailleurs été condamné à l’époque à 18 mois de prison, dont 9, avec sursis. Il continuera à la harceler alors qu’il est en détention et qu’il lui est interdit de rentrer en contact avec elle. Sa troisième et dernière plainte sera enregistrée par un policier, lui-même auteur de violences conjugales.
Vous aurez compris que si je vous parle d’exemplarité dans ce dossier, c’est par forme d’antiphrase. Rien ne va dans le déroulement des évènements. La machine policière et judiciaire a connu de nombreux ratés et les menaces pesant sur la victime n’ont pas, de toute évidence, été prises suffisamment au sérieux. Il ne s’agit pas de pointer les erreurs individuelles des fonctionnaires concernés, même si l’enquête de l’IGPN peut déboucher sur des sanctions en cas de manquement aux procédures prévues par la loi. C’est tout un système qui démontre sa faillite et devrait conduire les politiques et en particulier les ministres de l’Intérieur et de la Justice à s’intéresser à ce sujet, au lieu d’alimenter des polémiques pour engranger quelques votes basés sur la peur de l’étranger. Ils pourraient utilement s’inspirer des mesures prises en Espagne avec constance depuis de nombreuses années et qui ont permis de faire baisser significativement le taux de féminicides, moitié moins important qu’en France.