Outreau

Les protagonistes, Thierry Delay et sa compagne Myriam Badaoui, dont les 4 enfants ont été placés en février 2000 en famille d’accueil après plusieurs signalements des services sociaux.

Sept mois plus tard, en novembre, les enfants se confient à leur assistante maternelle des « manières subies par leurs parents » et donnent une liste de coupables… leurs parents, et deux voisines.

La direction de l’enfance fait alors un signalement au procureur de la République qui décide d’ouvrir une enquête policière, puis judiciaire.

Delay et Badaoui sont mis en garde à vue puis en examen pour agressions sexuelles, Badaoui reconnaît les faits puis multiplie les accusations.

Le juge Burgaud est chargé de l’affaire, il commence les premières mises en examen, il retiendra 14 supposés coupables, dont quelques notables, prêtres, infirmières, huissiers, chauffeur de taxi, boulangère, soupçonnée d’appartenir à un réseau pédophile.

Tous les médias s’emballent, au mépris du secret de l’instruction et de la présomption d’innocence, croient sur parole les victimes qui affirment les accusés coupables sans avoir été jugés.

Exemple, contenu du journal de 20 heures du 15 novembre « quatre enfants d’une même famille de sept à onze ans prostitués par leurs parents pour payer les courses et éviter les saisies d’huissier »

17 novembre, six suspects sont mis en garde à vue, dont Legrand qui se verra accusé de chef du réseau, il n’est qu’un simple serrurier !

Juin 2001, un accusé, F Mourmand* se suicide dans sa cellule, juillet 2001, le commissaire Masson exprime ses doutes sur l’existence d’un réseau.

Septembre 2002, l’instruction de l’affaire est close, et renvoyée en cour d’assises.

4 mai 2003, 1er procès en cour d’assises, siégeant à Saint-Omer, 17 accusés dont six comparaissent libres, 17 enfants parties civiles.

Badaoui et une voisine avouent les viols et continuent d’impliquer d’autres accusés, les auditions des enfants donnent des témoignages contradictoires ou vagues, spectateurs en permanence de films pornos, d’horreur, traumatisés par les viols, pressés par les adultes, ils puisent leurs réponses dans cette espèce de magma qu’ils ont vu pendant des années !

24 juin 2004, après neuf semaines d’audience, condamnation de Badaoui et Delay à 15 et 10 ans, Grenon et Delplanque à six ans, 7 acquittements (verdict illisible pour la presse), car il reste 6 condamnés qui font appel, et 4 enfants reconnus victimes.

7 novembre 2005, 2e procès en cour d’appel, les condamnés, les innocents, l’avocat général demande l’acquittement… Badaoui dira « c’était pour me rendre intéressante, le juge était la première personne à m’écouter, le plus qu’il en voulait, le plus que je lui en donnais » et Delay dira « j’ai déjà dit qu’il n’y avait que quatre personnes ».

Il aura fallu cinq ans et deux procès pour démentir ces fantasmagories, qui ont causé pour 13 accusés des années de prison et d’opprobre nationale, un suicide, une tentative de suicide (Alain Marecaud) les indemnisations de 600 000 à 1 million d’euros ne pourront jamais rien effacer.

Les avocats, par une lettre ouverte, demandent des réformes en profondeur de la justice pénale, pour éviter les dysfonctionnements du système judiciaire, politique, médiatique, policier, social, médical, culturel et moral… qui ont mené au plus grand désastre judiciaire de la Ve République.

En décembre 2006, création d’une commission d’enquête parlementaire qui auditionnera 11 mois durant des juges, des magistrats, des avocats, des procureurs, des experts, pour déboucher le 31 août sur quatre projets de loi qui seront examinés par le Parlement en décembre 2006.

L’invitée du dimanche

*non-lieu en 2003